Voici nos coups de coeur pour cette nouvelle année, dans l’ordre de nos lectures :
- « Les fantômes de Chearwater » de Charlotte McConaghy, Actes Sud, janvier 2026,

Sur cette île battue par les vent et cognée par des eaux démontées, il y a peu de place pour la contemplation de la nature, pourtant si unique et sauvage. C’est cette nature qui a fait venir Dominic et ses enfants, prêts à s’éloigner de tout pour trouver un sens à la vie. C’est le caractère fragile et merveilleux de la faune et la flore qui amène des scientifiques de tous horizons pour l’étudier. Pourtant, quand Rowan s’échoue sur les rivages de Shearwater et manque de mourir noyée, plus personne n’habite l’île, en dehors de Dominic et ses enfants. Les eaux montent, la tempête a tout balayé sur son passage, l’électricité est coupée. Qu’est venue faire Rowan ? Pourquoi a-t-elle la sensation que la famille lui cache qqch ? Un roman magistral, mené par une écriture rythmée : on le termine le soufflé coupé.
Adèle
- « La voie » de Gabriel Tallent, Gallmeister, janvier 2026,

L’escalade comme une métaphore de la vie. Pour Tam et Dan, les deux jeunes héros du nouveau roman de Gabriel Tallent, la dernière année de lycée sera celle de tous les possibles. Les deux lycéens inséparables aux familles dysfonctionnelles sont à l’heure des choix majeurs : quitter leur coin perdu au milieu du désert de Mojave pour se lancer dans les études, s’essayer à la vie de bohème en pratiquant leur passion commune l’escalade, rester sur place pour tenter d’aider ce qui tient encore debout dans leur famille respective ? Le parallèle est permanent ici entre leurs nombreuses sorties d’escalade dans le désert et les choix cruciaux à y faire pour grimper et sauver sa peau et les choix d’avenir pour mener au mieux leur vie. Un grand roman d’apprentissage, ambitieux, à la langue crue des ados américains en rupture de ban.
Pascal
- « Je suis Romane Monnier » de Delphine de Vigan, Gallimard, janvier 2026,

Après une soirée un peu arrosée, Thomas retrouve dans la poche de son manteau le téléphone d’une inconnue. Il réussit à la contacter mais elle refuse de le récupérer. Intrigué par l’objet qui lui a été confié et les raisons qui ont conduit Romane à s’en débarrasser, Thomas va explorer le contenu du portable. Les deux histoires vont se faire écho. Ce roman questionne sur la place centrale que le téléphone portable à pris dans nos vies, peut-on encore vivre déconnecté ? Un roman qui pose une question devenue essentielle !
Anne
- « American Spirits » de Russell Banks, Actes Sud, février 2026,

Sous la forme de trois nouvelles, le grand auteur américain récemment décédé nous immerge dans l’Amérique rurale qu’il sait si bien croquer. Ses compatriotes dysfonctionnent, s’enlisent dans la violence des propos et des actes, tiennent avec l’alcool ou les drogues et un rien peut faire basculer un accrochage en drame. Pour chacun des personnages de ces nouvelles, tous habitants de la même petite ville, Sam Dent, l’avenir ne s’écrit pas au futur…Un grand livre pour approcher de plus près ces américains aux rêves perdus.
Pascal
- « La correspondante » de Virginia Evans, Quai Voltaire, janvier 2026,

Sybil Van Antwerp vit une retraite confortable dans sa maison de bord de mer où jardinage et écriture rythment son quotidien. Chaque mercredi, vendredi et samedi, elle se consacre à sa correspondance : elle adresse des lettres (manuscrites, toujours !) à son frère, sa meilleure amie, ses enfants, mais aussi des inconnus. A travers ces écrits est dépeint le portrait d’une femme drôle, vive d’esprit et terriblement attachante. Un livre touchant où l’espoir est toujours permis, la grâce tient à peu de choses et la vie trouve toujours son chemin !
Adèle
- « Les années Souterraines », de Hugo Lindenberg, Flammarion, janvier 2026,

Les Années souterraines évoque le douloureux rapport au père, et l’enfance, marquée par l’abandon, d’un narrateur adulte tenu de revenir dans l’appartement honni où il vécut de 8 à 14 ans. Hugo Lindenberg, lauréat du Prix du Livre Inter 2021 avec l’inoubliable « Un jour ce sera vide », mêle avec grâce la délicatesse des mots et la violence des émotions, déployant les mille et une nuances des sentiments d’un fils pour son père, de l’amour aveugle à la haine pure. Le roman fait alterner souvenirs d’enfance et instants présents dans une danse tantôt heurtée, tantôt virevoltante. Sublime !
Lucie
- « Les belles promesses » de Pierre Lemaitre, Calmann-Levy, janvier 2026,

Dernier volet des « Années Glorieuses » la tétralogie de Pierre Lemaitre, ce roman traverse les années 60 françaises à travers l’histoire familiale des Pelletier dont Jean, dit « Bouboule », en sera le principal personnage. Tout commence par un terrible incendie qui fait de Jean un héros sauveur d’enfant. Mais son passé d’assassin compulsif rejaillit et le poursuit de plus en plus près…L’auteur nous emporte à nouveau entre l’histoire familiale et la grande Histoire de France, entre personnages truculents et rebondissements incessants, un excellent cru !
Pascal
- « Aqua » de Gaspard Koenig, L’Observatoire, janvier 2026,

Dans une petite commune de Normandie, les habitants d’un village s’opposent sur la gestion de leur approvisionnement en eau. Maria, fraichement élue maire, souhaite conserver leur autonomie au détriment de la modernisation du réseau d’eau. Mais ses idéaux sont rapidement confrontés à la réalité. Cette histoire interroge sur la complexité de la gestion d’une ressource naturelle qui se raréfie dans une société rurale. Des personnages souvent excessifs mais toujours attachants, un roman très documenté tout en étant romanesque et satirique.
Anne
- « Nos héritages » de Anna Hope, Gallimard, janvier 2026,

La famille Brooke est à l’aube d’une nouvelle ère : le patriarche vient de mourir, laissant derrière lui un immense domaine à gérer et des responsabilités que certains des enfants veulent s’accaparer et d’autres non. Les jours défilent, l’enterrement se rapproche et avec lui les émotions s’intensifient. L’image de celui qui vient de mourir n’est pas la même pour tout le monde, les ressentiments surgissent… et une invitée inattendue rebat toutes les cartes. Avec ce roman choral plein de finesse, Anna Hope analyse une société aristocratique anglaise dont les valeurs cachent bien des secrets…
Adèle
- « Hors champ » de Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel, janvier 2026,

Dans cette famille de peu de mots, Claire, l’aînée, est devenue professeure de lettres, son frère Gilles a hérité de la ferme. Si elle est partie loin de la violence et de l’aigreur paternelles, lui est resté et vit avec ses parents sans jamais leur adresser la parole. Les années passent, Gilles travaille fort, vieillit vite et s’isole; la ferme devient obsolète ; Claire rend visite, met en ordre, nettoie, fait la conversation mais parle peu. Ce nouveau roman de Marie-Hélène Lafon évoque avec frontalité et sans détours le crépuscule d’un certain monde paysan, brusque et injuste, loin des clichés bucoliques. Gilles, sacrifié sur l’autel de la transmission, est un personnage bouleversant, dont la détresse est, à chaque page, un véritable coup au coeur.
Lucie